dimanche 3 mai 2009

Après l'effort, le réconfort (IV)



Vous pouvez lire l'épisode précédent ici.


J'ai répondu tranquillement aux questions du procureur, constatant avec plaisir l'intérêt porté par le jury aux descriptions techniques que je faisais du logiciel développé par mon ancien employeur. L'avocat de la défense n'a qu'une fois interrompu le procureur, "leading the witness" a t'elle calmement lancé, alors que je rêvais qu'elle lâche "objection" avec colère. Le moment que je redoutais le plus est ensuite arrivé, celui des questions de la défense. Je m'attendais, comme m'avait laissé l'envisager une certaine série télévisée, à me faire crier dessus par l'avocat de la défense. Lorsque j'imaginais le déroulement du procès à la maison, je me voyais en larmes, suppliant l'avocat de la défense de cesser de remuer des souvenirs douloureux et de me laisser quitter la cour au plus vite. Dans la réalité, ce n'est pas du tout ce qui s'est passé.

Lorsque l'avocat est venu m'interroger, elle avait un gigantesque sourire sur le visage. Elle m'a saluée poliment en me demandant si ça allait (!) avant de me demander d'examiner quelques documents et de me poser quelques questions à leur sujet. Sur la poignée de questions qu'elle avait pour moi, trois manquaient de clarté. Lorsque je lui ai demandé de clarifier l'une de ses questions, l'avocat a subitement décidé qu'il valait mieux l'ignorer. Lorsque je lui ai demandé la définition d'un mot, elle a avoué en riant qu'elle ne le connaissait pas non plus et elle est passé à autre chose. C'est peu dire que j'étais perplexe. Le procureur m'avait certes prévenu que la défense aimait utiliser le sourire et l'humour pour gagner la sympathie des témoins, mais je me demande vraiment pourquoi l'un des meilleurs avocats de Philadelphie a employé devant la cour des mots dont elle ignorait visiblement la signification.

A 11h30, le procureur et l'avocat de la défense ont décidé qu'ils n'avaient plus de questions pour moi. J'ai donc quitté la cour avec soulagement, mon sac sur l'épaule et un grand sourire aux lèvres. En sortant du palais de justice, j'ai été éblouie par un grand soleil. Je me suis sentie libre, légère et ô combien heureuse d'en avoir fini avec un procès qui m'avait empêché de fermer l'oeil pendant près de deux semaines. L'IRS, le FBI, le palais de justice, tout cela retournait là où je les avais connus, c'est-à-dire à la télé.

Et pour célébrer la conclusion de cette aventure, devinez où je suis allée ?



Chez grocery, à l'angle de Chestnut Street et de la 13ème. Alors, avais-je bien lu le mot cupcakes le vendredi précédent, ou est-ce que mon imagination m'avait joué des tours ? La réponse en image.



Je n'avais donc pas rêvé. Quatre sortes de cupcakes, tous appétissants dans leur simplicité, et tous aussi tentants les uns que les autres. Puisque j'étais de bonne humeur, j'en ai choisi cinq : un à la noix de coco (pour moi), un à la vanille (pour ma belle-mère), un au chocolat (pour Jonathan) et deux au chocolat, au caramel et au piment (l'un pour Jonathan, l'autre pour moi). Je me suis aussi laissée tenter par un cup-a-cake, un génial contenant à cupcake qui permet de transporter son petit gâteau en évitant d'en détruire son précieux et délicat glaçage.



grocery n'est pas une boutique spécialisée dans les cupcakes. On y trouve aussi des biscuits, des muffins, des produits d'épicerie fine, comme des noix ou du chocolat Vosges, un bar à salade ainsi que les produits d'entretien écolos de la marque Mrs Meyers. La prochaine fois que je retourne chez grocery, j'ai bien envie de croquer dans l'un de leurs cookies à la taille XXL.



Je ne sais plus quand nous avons dégusté nos cupcakes, si c'était le soir, après le coup du fil du procureur qui me remerciait pour mon témoignage et ma disponibilité, ou le lendemain, alors que je finissais de raconter le récit de mes aventures à la cour à mes collègues de travail. Ce dont je me souviens, par contre, c'est d'un petit gâteau à vanille moëlleux et pas trop sucré et d'un fin glaçage à la noix de coco. D'un gâteau au bon goût de cacao, de cacahouètes caramélisées qui craquaient sous la dent et d'un glaçage qui piquait les papilles. Ces cupcakes-là étaient simples et bons, et même carrément excellents. J'ai vraiment adoré.



Le vendredi suivant, je recevais un coup de fil du procureur : le procès venait de s'achever et il voulait m'informer que mon ancien employeur avait été condamné. La durée de son emprisonnement restait à déterminer (entre cinq et dix ans, si mes souvenirs sont bons) mais voilà, nous pouvions tous passer à autre chose. Une fois encore, le procureur m'a remercié pour ma collaboration (j'ai apprécié la reconnaissance mais avais-je vraiment eu la possibilité de ne pas collaborer ?) et mes explications techniques. Il ajouté qu'il avait plusieurs fois mentionné mon nom pendant sa plaidoierie : je n'ai aucun moyen de me vérifier mais cela m'a quand même bien fait plaisir.

De mon côté, je lui ai avoué avoir apprécié de découvrir l'envers du décor (même si je n'ai pas ôsé lui dire que ce n'était pas tout-à-fait comme à la télé). Je reste encore incrédule devant les ressources déployées pour juger mon ancien employeur : quatre agents du FBI, un agent de l'IRS, une intérprète... et j'ignore combien de témoins qui auraient préféré rester au lit un dimanche matin plutôt que de répéter leurs réponses aux questions d'un procureur ! J'avoue aussi avoir été épatée par les talents de coach du procureur qui, malgré le peu de temps de préparation et mon manque de confiance, a réussi à tirer de moi un témoignage clair, sans hésitation, ni bafouillage. Cette expérience m'a aussi permis de définitivement tourner la page sur une expérience douloureuse que je n'avais jamais vraiment réussi à oublier. Enfin, c'est aussi grâce à ce procès que j'ai découvert de délicieux cupcakes, dans une petite boutique sur Chestnut et 13ème...



grocery
101 South 13th Street
Philadelphia, PA
Site Web

Ouvert de 8h à 20h30 du lundi au vendredi et de 11h à 20h30 le samedi. Fermé le dimanche.