dimanche 29 mars 2009

Après l'effort, le réconfort (II)



Le procès devant avoir lieu le mercredi suivant, je n'avais qu'une toute petite semaine pour me préparer aux questions du procureur. Et oui, on ne s'en rend pas compte en regardant Law & Order mais les temoins sont bien préparés (et heureusement !) avant d'être lâchés dans la cour ! Vous imaginez le nombre de crises d'hystérie devant le juge, sinon ? J'ai donc passé les jours suivants au téléphone avec le procureur et le monsieur de l'IRS, à me préparer pour le jour J.

Je ne vous cache pas que les deux premières entrevues téléphoniques ont été particulièrement éprouvantes. J'étais tendue, mes souvenirs n'étaient parfois pas très clairs et je ne voyais pas toujours où le procureur voulait en venir. Le plus difficile a été de réussir à expliquer les fonctionnalités du logiciel informatique développé par mon ancien employeur. Comment résumer en deux phrases les capacités d'un système qui a demandé des années de développement ? Comment faire pour que chaque membre du jury, dont la formation n'est pas nécessairement scientifique, puisse réellement saisir la nature de ce logiciel ? J'ai finalement passé plus de deux heures au téléphone sur l'espace de deux jours (sans compter les répétitions faites le dimanche matin avec Jonathan) à tenter d'expliquer au procureur la nature de ce fameux logiciel. Sans grand succès. Je commençais à sérieusement me fatiguer et à me décourager lorsque deux choses se sont produites :

1) Le monsieur de l'IRS m'a chaudement remerciée d'avoir réussi à lui expliquer des choses qu'il essayait de comprendre depuis des semaines.
2) Le procureur, me sentant tendue au téléphone, m'a demandé d'arrêter mes explications, de respirer un grand coup, de me calmer et de parler naturellement.

J'ai donc respiré un grand coup, repris confiance en moi et le miracle s'est produit : "les mots pour le dire [sont venus] aisément". Quel soulagement ! Nous avons donc pu enchaîner sur les questions supplémentaires ("êtes-vous née aux Etats-Unis ?" et "combien de temps avez-vous travaillé pour cet employeur ?") qui m'ont paru bien simples en comparaison.


Le magasin Ross, près de la cour fédérale

Le jour du procès est enfin arrivé. Le jury devait être sélectionné le mercredi matin et le procès commencer l'après-midi. Mon témoignage était prévu pour le lendemain. Le mercredi soir, le procureur m'a appélée pour m'informer que la sélection du jury avait duré plus longtemps que prévu car chaque candidat avait été interviewé... par écrit. Mon témoignage était donc repoussé au vendredi après-midi. Il m'a alors donné rendez-vous à la cour fédérale le vendredi à midi pour une dernière préparation au procès suivie, je l'espérais, de mon appel à la barre. J'avais néanmoins plusieurs questions pour lui. Devais-je assister à tout le procès ? Non, je n'y étais même pas autorisée. J'allais attendre mon tour dans une salle d'attente accompagnée d'un livre et, éventuellement, d'un agent du FBI. Pouvais-je venir accompagnée ? Oui, si je le souhaitais. Quelle bonne nouvelle ! Je me suis empressée de proposer à Anne, ma précédente manager désormais à la retraîte, de venir assister à son premier procès dans une cour fédérale. Comme dans les films !

Et c'est ainsi qu'un vendredi matin glacial du mois de février, Anne et moi avons pris la route pour Philadelphie.

Mise à jour : vous pouvez lire les épisodes suivants ici :

dimanche 22 mars 2009

Après l'effort, le réconfort (I)



Je ne sais pas comment je fais mais j'ai toujours le chic pour me retrouver dans des histoires à dormir debout. La dernière en date ? Je me suis retrouvée (bien contre mon gré) témoin dans un procès contre mon ancien employeur.

Tout a commencé le dimanche 30 novembre 2008, alors que Jonathan et moi rentrions tout juste de notre week-end de Thanksgiving. Aux alentours de 19h, je recevais un coup de fil d'un agent du FBI. Avant même que je ne puisse prononcer un mot, l'agent a lâché la phrase que je voulais entendre : "you did not do anything wrong" ("tu n'as rien fait de mal") et j'ai pu me détendre un peu. Il a alors enchaîné sur l'affaire au sujet de laquelle il allait m'interroger le lendemain et puis j'ai raccroché, un peu sonnée. Comme dans les films, ai-je pensé.

Le lendemain soir, je recevais donc la visite de deux agents du FBI, un grand très gentil et un petit plutôt timide. Deux agents en costume-cravate (comme dans les films) mais sans lunettes de soleil (pas comme dans les films, donc). Après deux heures d'interrogation qui ont vite pris l'allure d'une session de thérapie (pour moi en tout cas), le grand très gentil m'a remerciée pour ma déposition, laissé une carte au cas où (elle est toujours sur mon frigo, si ça vous intéresse) et expliqué que je serais peut-être appelée comme témoin lors du procès début 2009. Témoin, moi ? Je n'aime déjà pas parler au téléphone alors devant un jury...

Lorsque les agents du FBI sont partis, je me suis convaincu que les chances que je sois appelée comme témoin au procès étaient quasi nulles. Après tout, je ne savais pour ainsi dire rien des crimes dont on accusait mon ancien employeur alors il n'y avait pas de raison que je découvre le système judiciaire américain. J'étais innocente, moi !


La cour fédérale de Philadelphie

Les semaines ont passé et j'avais fini par oublier jusqu'à la visite des agents du FBI lorsque le grand agent très gentil m'a rappelée fin janvier. Il était désolé pour moi mais le procureur (US Attorney) voulait m'appeler à la barre comme témoin la semaine suivante, il avait un mandat (subpoena) qu'il allait me déposer dans l'heure, pouvait-il passer à mon travail ? Oui, bien sûr, mais avais-je vraiment le choix ? J'ai alors appelé le procureur pour convenir d'un rendez-vous de préparation et puis j'ai poussé un grand soupir en me demandant si le ciel me punissait pour toutes les fois où j'avais répondu à ma mère. Quand j'y repense, ce n'est pas tant le fait d'être témoin qui me gênait dans cette histoire que le fait de revoir mon ancien employeur qui, à l'époque, m'en avait fait voir des vertes et des pas mûres.

Le lendemain, alors que la région avait été balayée par la neige, j'ai pris la voiture en direction de la vieille ville à Philadelphie. J'étais si nerveuse que, une fois arrivée dans les bureaux du procureur, j'ai présenté ma carte de crédit au lieu de mon permis de conduire à la dame de la sécurité. Le procureur est alors venu me chercher accompagné d'une femme agent du FBI et d'un monsieur de l'IRS (l'équivalent du FISC). On m'a dirigée dans une salle de réunion où je me suis installée à une table ovale. Le procureur était à ma gauche, le monsieur de l'IRS devant moi et la dame à droite en face de moi. On a donc commencé à m'interroger (enfin, surtout le procureur) et c'est alors que j'ai saisi la gravité de la situation dans laquelle je me trouvais. J'essayais de répondre aux questions du mieux que je pouvais mais ce n'est pas facile de se souvenir d'événements qui se sont produits quatre à cinq ans plus tôt ! Tout au long de l'interrogatoire, je sentais bien que le procureur aurait aimé que je me souvienne de certaines choses mais ce n'était hélàs pas le cas.

Après deux heures d'interrogation, je suis sortie de la salle épuisée, prête à commander le premier alccol venu dans le bar voisin. J'ai finalement appelé Jonathan pour lui dire de me préparer à manger et à boire pour le soir. Sur le chemin du retour, je n'ai pensé qu'au procès.

A suivre...

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