Le procès devant avoir lieu le mercredi suivant, je n'avais qu'une toute petite semaine pour me préparer aux questions du procureur. Et oui, on ne s'en rend pas compte en regardant Law & Order mais les temoins sont bien préparés (et heureusement !) avant d'être lâchés dans la cour ! Vous imaginez le nombre de crises d'hystérie devant le juge, sinon ? J'ai donc passé les jours suivants au téléphone avec le procureur et le monsieur de l'IRS, à me préparer pour le jour J.
Je ne vous cache pas que les deux premières entrevues téléphoniques ont été particulièrement éprouvantes. J'étais tendue, mes souvenirs n'étaient parfois pas très clairs et je ne voyais pas toujours où le procureur voulait en venir. Le plus difficile a été de réussir à expliquer les fonctionnalités du logiciel informatique développé par mon ancien employeur. Comment résumer en deux phrases les capacités d'un système qui a demandé des années de développement ? Comment faire pour que chaque membre du jury, dont la formation n'est pas nécessairement scientifique, puisse réellement saisir la nature de ce logiciel ? J'ai finalement passé plus de deux heures au téléphone sur l'espace de deux jours (sans compter les répétitions faites le dimanche matin avec Jonathan) à tenter d'expliquer au procureur la nature de ce fameux logiciel. Sans grand succès. Je commençais à sérieusement me fatiguer et à me décourager lorsque deux choses se sont produites :
1) Le monsieur de l'IRS m'a chaudement remerciée d'avoir réussi à lui expliquer des choses qu'il essayait de comprendre depuis des semaines.
2) Le procureur, me sentant tendue au téléphone, m'a demandé d'arrêter mes explications, de respirer un grand coup, de me calmer et de parler naturellement.
J'ai donc respiré un grand coup, repris confiance en moi et le miracle s'est produit : "les mots pour le dire [sont venus] aisément". Quel soulagement ! Nous avons donc pu enchaîner sur les questions supplémentaires ("êtes-vous née aux Etats-Unis ?" et "combien de temps avez-vous travaillé pour cet employeur ?") qui m'ont paru bien simples en comparaison.
Le magasin Ross, près de la cour fédérale
Le jour du procès est enfin arrivé. Le jury devait être sélectionné le mercredi matin et le procès commencer l'après-midi. Mon témoignage était prévu pour le lendemain. Le mercredi soir, le procureur m'a appélée pour m'informer que la sélection du jury avait duré plus longtemps que prévu car chaque candidat avait été interviewé... par écrit. Mon témoignage était donc repoussé au vendredi après-midi. Il m'a alors donné rendez-vous à la cour fédérale le vendredi à midi pour une dernière préparation au procès suivie, je l'espérais, de mon appel à la barre. J'avais néanmoins plusieurs questions pour lui. Devais-je assister à tout le procès ? Non, je n'y étais même pas autorisée. J'allais attendre mon tour dans une salle d'attente accompagnée d'un livre et, éventuellement, d'un agent du FBI. Pouvais-je venir accompagnée ? Oui, si je le souhaitais. Quelle bonne nouvelle ! Je me suis empressée de proposer à Anne, ma précédente manager désormais à la retraîte, de venir assister à son premier procès dans une cour fédérale. Comme dans les films !
Et c'est ainsi qu'un vendredi matin glacial du mois de février, Anne et moi avons pris la route pour Philadelphie.
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