Si vous avez loupé les premiers épisodes, ça se passe ici et là.
Nous sommes arrivées à Philadelphie aux alentours de 11h, soit bien en avance pour mon rendez-vous de midi avec le procureur. A l'intersection de Chestnut Street et de la 13ème, alors que nous étions arrêtées à un feu rouge, une vitrine a soudain capté mon attention.
Cupcakes ? Avais-je bien lu cupcakes ? Le feu est passé au vert avant qu'Anne ne puisse confirmer mes dires et nous avons continué notre chemin. Dommage.
Une fois arrivées à la cour fédérale, le timide agent du FBI est venu nous saluer. Il nous a expliqué que le procureur était encore au procès mais qu'il viendrait me voir aussitôt qu'il avait fini. Vers 13h, alors que je commençais à m'impatienter, le monsieur de l'IRS est enfin venu me chercher pour me conduire dans une salle de préparation. Le procureur m'a de nouveau fait répéter tout en picorant dans son déjeûner : une barre de ceréales Trader Joe's, un petit sandwich de pain de mie et une pomme. Le pauvre, ai-je pensé, comment fait-il pour tenir tête à des criminels en mangeant si peu ? Si j'avais su, je lui aurais ramené quelques restes de poulet rôti.
A 14h, Anne et moi sommes allées déjeûner avant de revenir au palais de justice, aux alentours de 15h. Nous avons attendu mon tour dans une salle miniscule et poussiéreuse en compagnie d'un autre témoin, ainsi que d'un agent du FBI fort sympathique.
A 16h, alors que je commençais à sérieusement douter de mon passage à la barre ce jour-là, la nouvelle est tombée : mon témoignage était repoussé au lundi. Mi-soulagée (d'avoir deux jours de plus pour calmer mes angoisses), mi-déçue (d'avoir fait une heure de route pour rien), j'ai invité Anne à prendre un café et plonger deux cuillères dans un tiramisu avant de rentrer à la maison.
Lundi matin, j'ai donc repris le chemin pour Philadelphie, toute seule cette fois, en pensant que cette fois-ci serait la bonne. Quand je rentrerais l'après-midi, le procès ne serait plus une source d'angoisse, mais un simple souvenir.
A 8h30, j'ai revu le procureur et nous avons répété pour la énième fois, dans une salle surchauffée et dont l'horloge sur le mur affichait l'heure avec 30 minutes de retard.
"Comment te sens-tu ? m'a t'il demandé. Es-tu à l'aise dans tes réponses ?
- Oh oui, ça va, j'ai simplement peur de revoir mon anicen employeur.
- Ne le regarde pas, m'a t'il conseillé, et concentre-toi plutôt le jury, qui sera sur ta gauche, ou bien sur moi. Tu verras, tout ira bien."
A 9h, je suis retournée dans la petite salle poussiéreuse.
A 10h, l'agent du FBI dynamique m'a prévenu de l'imminence de mon passage. Si je devais aller aux toilettes, c'était le moment.
A 10h30, mon tour est enfin venu. J'ai respiré un grand coup et je suis entrée dans la cour d'un pas décidé, en regardant droit devant moi.
Une fois à la barre, une dame m'a demandé de placer ma main gauche sur une Bible posée devant moi et de lever la main droite (comme dans les films !) et de jurer de dire la vérité et rien que la vérité (oh la la, comme dans les films !!). Le coeur battant, j'ai murmuré un "I do" à peine audible et je me suis assise dans le grand siège prévu à cet effet.
J'ai parcouru la salle d'un regard : le jury était à ma gauche, le procureur devant moi, le monsieur de l'IRS et la femme agent du FBI étaient assis à une table au milieu et mon ancien employeur, lui, se tenait plus loin, tout à droite. Je l'ai regardé quelques secondes : il était le même que dans mes souvenirs, l'enbonpoint en moins, la barbe en plus. Je n'ai senti ni colère, ni crainte en le voyant : l'interrogatoire pouvait commencer.
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